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Le peu d'intérêt du Moyen Âge pour l'enfant est un lieu commun qui, comme tous ses semblables, souffre un certain nombre d'exceptions qui le confirment. La plus notable d'entre elles, dans le domaine de la littérature romanesque, pourrait bien être le cycle du Lancelot-Gmal. Contrairement à certains de ses devanciers qui se contentent de schématiser à grands traits une enfance idéale ou à un Chrétien de Troyes qui, de façon plus subtile, contourne le problème dans son Perceval, l'auteur du Lancelot raconte plusieurs « vraies » enfances, celles de Bohort, Lionel et Lancelot. Par « vraies » nous entendons que les jeunes héros n'y apparaissent pas comme les fils des adultes qu'ils deviendront dans la suite du roman - ce qui est le cas, généralement, des « enfances » épiques -, ou, si l'on préfère, qu'ils sont présentés comme riches de possibilités diverses, destinées, pour quelques-unes, à être développées par les personnages adultes, pour d'autres, à dépérir : le meilleur exemple n'en est-il pas, dès les premières lignes du Lancelot, celui de cet enfant qui reçoit en baptême le nom de Galaad - c'est-à-dire celui du futur conquérant du Graal - et qui porte le surnom de Lancelot, mais qui est élevé dans l'ignorance des deux, et ne découvrira qu'il s'appelle et est Lancelot qu'après avoir perdu la virginité du coeur en aimant la reine Guenièvre et en ayant, de ce fait, perdu aussi la possibilité de mener à bien la quête célestielle du Graal ?